Cette phrase, comme je l'ai dit à son auteur, résume le skate : pas plus, pas moins. Et tous les petits vieux qui habitent près de tous les petits spots du monde pourront en dire ce qu'ils voudront, ils ne me feront pas changer d'avis. Pour eux, un skater aura beau « casser » toutes leurs pierres bleues, leurs bancs en fer, leurs escaliers et leur marbre blanc à coups de trucks et de tails qui claquent, ce n'est sûrement pas pour ça que dans la tête de ce skater ce mobilier urbain sera détruit, et loin de là.
Personne n'imagine l'univers qu'un garçon peut se faire en regardant un banc en pierre ou une rampe d'escaliers. Il se voit, lui et son skate, effectuer le trick rêvé, filmé par au moins trois caméras qui lui donneront différents angles de vue de ce trick, rentré tellement parfaitement que, arghh ... Les skaters seuls comprendront ! Ce trick faisable auquel il réfléchit des jours, voire des semaines avant de pouvoir se rendre sur le spot et l'essayer. Je me rends souvent compte que les tricks auxquels je pensais, et dont j'ai l'habitude de prendre note tellement il y en a, ne seront pas faisables pour moi : car de l'autre côté du spot, c'est-à-dire les pieds sur la planche, c'est bizarrement beaucoup plus difficile que dans la tête.
Et puis ce vigile ou cette bonne femme qui vient vous dire de dégager parce que c'est dimanche et qu'il aimerait bien faire la sieste tranquille, alors qu'il ne vous manquait que quelques essais pour le rentrer, vous le saviez, vous le saviez ! Alors on négocie, un essai ou deux, deux minutes ou trois. Et puis non, de toute façon ce banc il dit que je le détruis, alors qu'il aille se faire foutre, je le détruirai en rentrant mon trick, merde quoi ! Si c'est rentré, on en crève tellement d'envie, de lui faire un gros fuck en grindant encore une fois avant de partir, pour la route. Vous savez, en poussant encore plus pour que ça fasse ce bruit qu'on affectionne tant ! Et si ça rentre pas, pfff faudra revenir, quitte à revenir trois fois en essayant chaque fois pendant deux heures, peu importe.
Le skate c'est ça aussi, rester là, foirer le trick 350 fois et le rentrer une fois. C'est là qu'arrive le pote n'y comprenant rien et disant « pfeuh, c'est d'la chance, refais-le ! » et là question "plan de meurtre dans la tête" c'est presque pire que pour la bonne femme d 'il y a cinq minutes. Mais peu importe, parce que ce qui compte en skate, c'est d'en faire, peu importe le choix du spot, du trick, du style, de la musique ou du reste, c'est du skate point. Et c'est pour ça que les skaters sont des skaters et pas des gamins sur des planches qui roulent, c'est parce qu'ils se comprennent entre eux sans vraiment se comprendre eux-mêmes. Et puis quoi ? Ceux qui auront lu jusqu'ici sont des skaters, alors pourquoi tenter d'expliquer à d' autres quelque chose qui nous est si propre ? Je préfère de loin qu'on le garde pour nous. Ce skate, il est tellement bon ...